Il a quitté son pays natal pour vivre à l'étranger

On a tous rêvé un jour certainement, de le faire. Tout laisser derrière soi et tenter sa chance ailleurs, où même tout simplement envie d’une nouvelle vie, une nouvelle expérience mais cette fois ci à l’étranger. Courageux ou ambitieux, Ils l’ont fait et nous le racontent. Place à des parcours de vie d’ hommes  qui osent prendre leurs destins en main, face à une langue, une culture, un pays différent….

De la Martinique vers le Royaume-Uni

27 ans - Charles-Edmond Gamess ( Londres)

Fonction : Broker dérives actions


Leaderdhom : « Charles-Edmond peux-tu te présenter face à nous ? »

Bonjour, je suis originaire de la Martinique, dans les Antilles françaises. Suite à l'obtention de mon bac S (maths) en 2000, j'ai poursuivi mes études en France métropolitaine, dans un premier temps, en classe préparatoire puis en Ecole Supérieure de Commerce à Nice, à Sophia Antipolis. J’ai voulu me spécialiser en finance de marché et j’ai intégré le Mastère Spécialisé Finance de l'ESCP-EAP Europe. Cela fait bientôt trois ans que je vis à Londres et que je travaille en tant que broker.



Leaderdhom : « Tu as orienté très vite tes études dans le domaine de l’argent, en décrochant un Master en finance et en management, pourquoi un tel choix ? »

Avant de rentrer en Ecole de commerce, la bourse avait déjà suscité mon intérêt. Les différents cours optionnels que j'ai choisi lors de mes deux premières années d'école ainsi que mes rencontres avec des professionnels de la finance, m'ont permis de peaufiner mon cursus scolaire. J'ai suivi des cours de corporate finance incluant le Private Equity, la Fusion et Acquisition ainsi que des cours de gestion de portefeuilles. J'ai choisi de me spécialiser en finance de marché afin d'accéder aux postes de Traders ou de vendeurs dans une banque d'investissement.

Leaderdhom : « Depuis 2007, tu travailles à Londres en tant que courtier. Quelle est la différence entre un courtier et un trader ? »

Il existe une multitude de produits sur les marchés financiers. Le Trader prend des positions. Il achète ou vend ces différents produits en fonction des informations qu'il a sur le marché. Son objectif sera d'acheter un produit à un bas prix et de le revendre plus haut afin de dégager une marge la plus conséquente possible. C’est là qu’intervient le Courtier ou Broker. Le Trader ne pouvant trouver seul ses produits, il fera appel au Courtier. Le Courtier va négocier avec les différents acteurs du marché (Banques, fonds, market makers) les meilleurs prix afin de satisfaire l’ensemble des contreparties. Le professionnalisme est important pour gagner la confiance d'un Trader mais ce n'est pas toujours suffisant. Le métier de Courtier est avant tout un métier de relationnel.


Leaderdhom : " Est-ce d’ailleurs un objectif pour toi de faire partie du monde des traders ?  »

 

Pour le moment, le métier de Courtier me satisfait pleinement mais je reste ouvert aux opportunités qui se présenteraient à moi.

 

Leaderdhom : « Beaucoup de grands traders reconnus se sont reconvertis et osent dénoncer le train de vie scandaleux de certains brokers  en publiant leurs histoires tels que « city boy » et d’autres. Est-ce un mythe ou une réalité affligeante ? »

 

Les métiers de Trader et Courtier sont trépidants. Ce sont souvent des métiers que l'on exerce quand on est jeune, car ils demandent un investissement personnel très important. Ce sont également des métiers où l'on peut réussir financièrement très rapidement. En ce qui concerne les histoires racontées sur les brokers, je pense que cela existe mais ne peut en aucun cas être une généralité.

 

Leaderdhom : « La City est considérée comme l’un des grands temples de la finance où se mêlent dévotion et fièvre ardente pour ceux qui aiment la spéculation. Arrive-ton facilement à y décrocher un emploi où faut-il jouer de ses connaissances ? »

 

Les recrutements ont fortement chuté depuis le début de la crise. Les banques et autres établissements financiers ont supprimé un nombre important d'emplois afin de rationaliser leur gestion. La plupart des organismes financiers, pas seulement les banques, proposent aux jeunes diplômés des "graduate programme". Ce « graduate programme », qui dure un à deux ans, est propre à chaque entreprise. Le recrutement se veut impartial. Les français peuvent postuler à ces « graduate programme » ou peuvent accéder à des postes en VIE (volontariat international en entreprise). Jouer des connaissances ou du réseau des anciens diplômés peut aider à décrocher un entretien mais ne garantira pas un poste à la clé. 

 

Leaderdhom : « Quel regard critique portes-tu sur cette embarrassante affaire Madoff ? »

 

Cet homme a été un fin manipulateur qui a abusé de la confiance de nombreuses personnes dans le monde pendant plus d'une vingtaine d'années. Les gains importants que réalisait son fonds avaient fait l'objet de critiques d'un analyste financier en 1999. Toutefois, l'autorité des marchés financiers américains a classé l'affaire en 2000, en 2005 et en 2007. Je pense qu'il faut surtout pointer du doigt les failles du régulateur américain qui n'a pas réagi rapidement aux différentes sonnettes d'alarme. Les pertes, colossales, auraient été moindres.

 

Leaderdhom : « Tu as eu  des stages dans deux grands groupes français, pendant tes études .Cette approche t’a-elle permis de te plonger réellement dans le bain professionnel ? Juges tu que les étudiants qui effectuent des stages en France sont suffisamment préparés pour aborder et utiliser des techniques managériales à l’international ? »

Je pense que l'école se doit de donner un bagage théorique sur les techniques managériales. Ce sont surtout les stages qui m'ont permis de mettre en pratique les connaissances acquises en école. Ainsi, à la Société Générale, j’ai eu la responsabilité d'un portefeuille de clients institutionnels auxquels je proposais une large gamme de produits de taux. Mes connaissances m'ont permis de rapidement comprendre le fonctionnement des différents produits mais surtout d'être assez rapidement autonome. Je conseille aux jeunes qui ont la possibilité d’acquérir une expérience professionnelle (stage, VIE, petit boulot), de le faire à l’étranger. C’est une expérience enrichissante sur les points professionnel et personnel.

 


Leaderdhom : « Depuis la crise mondiale, le secteur qui t’emploie est montré du doigt. Comment le vis-tu au quotidien ? »

Cette crise financière a fait couler beaucoup d'encre. La polémique autour des bonus des traders par exemple a même été un cheval de bataille pour certains politiciens, comme au récent sommet du G20 à Pittsburgh. Pour ma part, ayant commencé à travailler en début de crise, j'ai assisté à d'importants changements au sein du secteur financier, qui vont fortement modifier l'environnement dans lequel j’évolue. Je suis conscient de l'acharnement médiatique sur mon secteur. Je pense que c'est surtout le système, un peu trop laxiste, qui a été montré du doigt. En revanche, ma vie au jour le jour n'a pas été affectée. Je reste attentif à l'impact qu'aura la refonte du système financier sur mon avenir professionnel.  

 

Leaderdhom : « Quand on est déjà la conquête de marchés internationaux, peut on revenir facilement à la source de nos origines ?  Quel est ta perception du développement économique possible pour notre bassin caribéen ? »

Où qu’on se trouve dans le monde, on se souvient toujours de ses origines. Je pense que le développement économique du bassin caribéen est un défi majeur pour les années à venir. Le bassin caribéen doit parvenir à un bon équilibre avec différents partenaires entre l’Amérique, notamment les États-Unis, le Brésil et le Venezuela en vue de se développer économiquement et d’atteindre un équilibre. La création du CARICOM* est un bon début. La Caraïbe doit également se servir de ses ressources naturelles  pour continuer à se développer économiquement. Je pense par exemple que le secteur de l’énergie est un secteur à fort potentiel de développement aux Antilles. En effet, à côté du gaz et du pétrole, la Caraïbe bénéficie d’un climat ensoleillé, du vent des alizés et de volcans. L'énergie solaire, éolienne et  géothermique ne sont pas totalement exploitées et restent à développer.

* CARICOM : la Communauté des Caraïbes. Elle réunit 15 pays et territoires associés : Antigua et Barbuda, Barbade, Bahamas, Belize, Dominique, Grenade, Guyane, Haïti, Jamaïque, Montserrat, Saint-Christophe et Nièves, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, Suriname, Trinidad- et –Tobago.

Leaderdhom : « A Londres, on retrouve un brassage des cultures et notamment des West Indies. Parle nous un peu du carnaval qui se déroule là bas chaque année, est ce que les afro-caribéens qui s’y retrouvent ? Ou est ce devenu une manifestation incontournable pour le « So british » pur souche ? »

Le Carnaval de Notting Hill est le deuxième plus populaire au monde après celui de Rio. Il se déroule le dernier week-end d'août, le dimanche et le lundi (férié au Royaume-Uni), dans le quartier de Notting Hill à Londres. Ce carnaval fut initié par les immigrés noirs issus des Caraïbes au milieu des années 60. A ses débuts, le carnaval n’avait pas très bonne réputation et  était un lieu d'affrontements entre la police et les jeunes issus de l'immigration. Les autorités policières en avaient une vision très négative et essayèrent de le faire interdire. Depuis, la situation a évolué, et les autorités britanniques ont davantage tendance à revendiquer le carnaval comme preuve de la bonne intégration des immigrés en Angleterre. Pendant deux jours, les rues de Notting Hill sont interdites à la circulation. On assiste à un défilé constitué principalement de sound systems mobiles, suivis par des groupes de participants déguisés selon un style propre à leur groupe. La procession comprend également des steel-bands et des écoles de samba. On trouve aussi des stands de restauration caribéenne. Aujourd’hui le carnaval de Notting Hill rassemble chaque année près d'un million de personnes de tous horizons. Il permet évidemment aux Caribéens de se retrouver dans une ambiance conviviale mais également aux anglais et aux européens de découvrir la musique caribéenne du carnaval (soca, ragga et reggae).

 

Leaderdhom : « Comment te projettes-tu dans cinq ans ? Souhaites-tu revenir mettre à profit ton expérience en Martinique ? »

 

Dans 5 ans je pense toujours travailler dans le domaine de la finance, car c’est un secteur qui me passionne. Je souhaite bien entendu acquérir le plus d'expériences et de compétences possibles dans le domaine du brokerage afin d'évoluer vers des fonctions de management. Parallèlement je développe mon portefeuille de contacts dans d'autres branches de la finance car je n'exclus pas d'élargir mon domaine d'expertise. Le Private Equity par exemple, que j'ai pu étudier lors de mon mastère spécialisé, suscite mon intérêt. La Martinique pourrait faire partie de mes projets à long terme. Pour le moment, je souhaite continuer à travailler dans les grandes places financières et je m'intéresse plus particulièrement à l'Asie car je reste persuadé qu'il y a un potentiel très important dans mon secteur.

 


Leaderdhom : «  L’environnement londonien selon toi serait en quelques mots ? »

Londres est une énorme métropole, grouillant de monde. C’est une ville moderne et très cosmopolite avec un fort brassage culturel. On y trouve les divertissements culturels, culinaires, sportifs propres à toute capitale. Le coût de la vie y reste toutefois très cher. J'apprécie l'ouverture d'esprit des anglais tant sur le plan social que professionnel.

Leaderdhom : « Un conseil pour un leaderdhom en devenir ou en transition ? »

Il ne faut jamais se décourager et il faut se donner les moyens d'atteindre ses objectifs.

 

Propos recueillis par Learderdhom _ le 14/10/09

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