De la Martinique vers les States

34 ans - Jean-Marc DEDEYNE

Fonction : Président et fondateur de U in the USA (société officiellement enregistrée en Californie en Janvier 2009).

 

 

 

Leaderdhom : « Jean-Marc qui es tu ? »

Je suis né en Martinique en 1975 l’année symbolique où la Martinique recevait les mêmes billets et pièces de monnaie en circulation en France Métropolitaine. J’ai grandi dans la commune des Trois-Ilets, Martinique, avec mes deux frères, mes parents et plusieurs membres de ma famille. En fait, je vivais à deux pas de la plage de l’Anse à l’âne. Ma scolarité a été rythmée par mes années au collège Renan et au lycée Bellevue où j’ai obtenu mon Baccalauréat en Techniques Commerciales en 1993. En parallèle de ma scolarité, je passais beaucoup de temps en famille et autour de mes passions (l’équitation, l’informatique et ami(e)s). A l’âge de 17/18 ans, une de mes cousines, revenue d’un long séjour à Atlanta, m’a donné envie de partir aux Etats-Unis. Je me souviens qu’en 1992, je cherchais à poursuivre mes études aux Etats-Unis, mais les coûts d’inscription étaient rédhibitoires. A défaut, j’ai convaincu ma mère de m’envoyer en France métropolitaine. En 1993, j’ai atterri à Roubaix, Nord Pas de Calais, où j’ai vécu 5 ans le temps d’obtenir un BTS en Force Vente (Lycée Emile Zola) et un diplôme d’Ingénieur Commercial en Services Informatiques (Ecole Euridis). Cette dernière expérience m’a finalement ouvert en 1997 les portes de deux éditeurs de logiciels (Business Objects et SAS France), où j’ai exercé pendant 3 ans la fonction d’ingénieur télémarketing. En 2001, j’ai rejoint le groupe HP France en tant qu’Ingénieur Commercial Solutions (CRM & ERP). Six ans plus tard, le groupe HP a annoncé un vaste plan social et économique. En France, nous avions la possibilité de nous porter volontaire au départ, et j’ai saisi cette opportunité afin de me donner les moyens de vivre mon rêve Américain. Au mois de Juillet 2006, j’ai quitté la France Métropolitaine enrichi par l’expérience de nombreuses réalisations personnelles, professionnelles, et de voyages dans près de 25 pays.

 

Leaderdhom : «  Tu as choisi de reprendre le chemin des études, pour valider un nouveau diplôme mais cette fois -ci à l’américaine, pourquoi un tel choix, la mobilité impose t’elle une remise à  niveau constante pour rester compétitif? »

 

J’ai repris mes études afin de préparer et optimiser la création de mon entreprise aux Etats-Unis. A l’époque, beaucoup d’ami(e)s Français trouvaient que c’était une idée folle de reprendre mes études à mon âge. En arrivant aux Etats-Unis, j’ai trouvé le réconfort en voyant d’autres adultes sur le campus d’UCLA. Ma détermination fut encore plus forte quand j’ai découvert cette citation d’Henry Ford qui disait, "Anyone who stops learning is old, whether at 20 or 80. Anyone who keeps learning stays young. The greatest thing in life is to keep your mind young."  Mes études m’ont permis d’améliorer mon Anglais, me familiariser avec le monde des affaires Américain, de comprendre le marché économique et ses dynamiques, d’être formé par des professionnels et entrepreneurs, et enfin de mieux comprendre la culture américaine et sa population. Grâce à un emploi du temps flexible, j’ai eu également le temps de développer mon réseau et démarrer mon étude de marché. Avec le recul, je considère que si j’avais lancé mon entreprise à arrivée aux Etats-Unis (septembre 2006), mes chances de succès auraient été plus qu’aléatoires. Se fut une bonne chose de prendre et d’apprendre leurs techniques, d’analyser leur environnement et de les écouter. Une idée ou concept qui a déjà fait ses preuves dans un pays tiers ne fonctionnera pas forcément aux Etats-Unis. Finalement, je pense que rester à niveau est fondamental pour ceux et celles qui veulent survivre et se développer dans nos économies actuelles. J’ajouterais une citation d’Albert Einstein qui résume bien ma pensée : « Once you stop learning, you start dying. »

Leaderdhom : « Tu es parti en 2006 vers les USA, cette conquête du rêve américain était - elle essentiel pour donner une nouvelle dimension à ton identité professionnelle? »

En fait, quand je me suis porté volontaire au départ, je cherchais à donner une nouvelle dimension à ma vie. J’étais profondément partagé entre un retour en Martinique dans le but d’y ouvrir mon entreprise et mon attrait pour les Etats-Unis. Apres avoir mûrement étudié la question et consulté mes proches, j’ai choisi de partir aux Etats-Unis pour vivre pleinement mon rêve américain, me challenger et finalement créer ma société dont l’un des objectifs est de favoriser les échanges entre l’Outre Mer et les Etats-Unis.

 

Leaderdhom : « Les termes de «  développement personnel, de culture  et valeur d’entreprise, de coaching d’entreprise » sont depuis cinq ans de plus en  plus appliqués dans les sociétés françaises. Toi qui a eu l’occasion de faire tes preuves dans un parcours professionnel traditionnel en France, quelles sont les différences d’applications managériales qu’on retrouve aux usa et non en France ? »

Mon expérience professionnelle en France et aux Etats-Unis m’a montré que les applications managériales varient d’une entreprise à l’autre, d’une industrie à l’autre et d’un secteur à l’autre (privé versus public). J’ajouterais que cela dépend aussi de la personnalité, de l’expérience et de la formation du manager. En France, où j’ai travaillé uniquement au sein de filiales françaises de groupes américains, les approches managériales variaient d’un service à l’autre au sein de la même entreprise. Mon expérience aux Etats-Unis m’a montré que les entreprises mettent plus en avant des sujets comme l’éthique, la lutte contre le harcèlement sexuel, les protections contre les discriminations ou encore le travail en équipe. Par exemple, à l’issue de ma formation entrepreneuriale à UCLA, un cours sur l’éthique et son application en entreprise était obligatoire pour valider le diplôme. Au final, je pense qu’il serait dangereux de comparer deux grands pays comme les Etats-Unis et la France sur cette base générale. Les choses ne sont pas aussi tranchées. Il faut je pense avant tout chercher à comprendre dans quel contexte culturel les choses se font.

avec un de ses collègues brésilien avec un de ses collègues brésilien

Leaderdhom : « Est-il difficile de d’obtenir la nationalité américaine? Quelle satisfaction as-tu eu en la recevant ? »

Au moment où je vous parle, je n’ai pas demandé la nationalité américaine. Aussi, je ne saurais vous en dire plus sur son processus d’obtention. Je sais cependant que c’est un long chemin. Ma priorité à moyen terme reste le développement de mon entreprise. Il est important que le concept soit porteur de valeurs ajoutées pour les Etats-Unis, mes clients, mes partenaires (internes et externes) et moi-même.

 

Leaderdhom : « Devenir entrepreneur, te semble t’il plus facile à concrétiser aux Etats unis  qu’en Europe ? En tant qu’expatrié, existe-t-il une possibilité d’accéder aux aides comme un citoyen ordinaire ? »

Pour les démarches administratives, il est, c’est vrai, plus facile d’ouvrir une entreprise aux Etats-Unis qu’en France. En revanche, devenir et réussir en tant qu’entrepreneur, n’est pas à mon avis lié à un pays en particulier. Ce qui reste déterminant dans le succès d’un entrepreneur c’est son business plan, son réseau de contacts, sa compréhension du marché, son analyse des besoins des clients, son accès à des capitaux, sa capacité prendre des risques et son aptitude à déceler les opportunités. «It’s not what you do. It’s what you deliberately don’t do. » Parmi les grands avantages des Etats-Unis, je citerais entre autre les nombreuses ressources en ligne et la variété des consultants (offrant flexibilité, assistance et une certaine souplesse dans les contrats). Dans mon cas, j’ai rencontré mon comptable à un séminaire organisé par la chambre de commerce de Los Angeles. Par la suite, il lui a fallu moins de deux heures pour gérer les formulaires d’enregistrement de ma société. Quelques semaines plus tard, j’ai demandé le numéro d’identification de mon entreprise (Employer Identification Number or Federal Tax Identification Number) par internet, et la procédure a duré moins d’une heure. Concernant les aides, des supports comme les prêts pour petites entreprises (SBA loans) sont ouverts aux expatriés disposant d’une carte verte ou ayant la citoyenneté américaine. Pour les autres profils, vous pouvez trouver de l’assistance gratuite au sein d’associations comme SCORE, des bibliothèques (le lieu parfait pour faire des recherches et trouver des salles de réunions à faible coût), des universités et associations d’étudiants et de certains réseaux offrant des conseils et du sponsoring.

Avec son coach Les Brown Avec son coach Les Brown

 

Leaderdhom : « Est-ce difficile de garder sa culture antillaise face à une culture américaine  dominante qui est si différente et attrayante? »

Depuis mon départ de la Martinique (en 1993), j’ai toujours cherché à préserver ma culture antillaise tout en veillant à m’enrichir des autres. A Los Angeles, je communique non seulement en Anglais mais aussi en Français et Créole. En effet, j’ai plusieurs ami(e)s Martiniquais, Guadeloupéens et Haïtiens qui vivent en Californie. Par ailleurs, je suis abonné à des newsletters et forums afin de suivre l’actualité en Outre Mer. Pour ce qui est de la musique,  je me connecte régulièrement aux radios sur internet. Aussi, j’organise de temps en temps des soirées antillaises avec initiation au Zouk ou nous mettons en place des rencontres autour de plats antillais. En 2008 par exemple, nous avons organisé plusieurs soirées avec dégustation de court brouillon de poissons, d’accras, jambon de Noël ou pâtés salés (achetés dans mes magasins cubains). Pour rester sur ce sujet, nous avons depuis peu à Los Angeles un très bon restaurant Antillais qui s’appelle Kassava Restaurant Enfin, je garde un contact régulier avec ma famille, et j’essaye d’aller en Martinique une fois par an.

 

Leaderdhom : « Qu’envisages-tu dans le futur pour tes projets ? Peux-tu nous en parler ? »

A court terme, je développerais ma jeune société U in the USA dans l’état de Californie. Par la suite, je prévois d’exporter le concept dans d’autres états Américains.  Des voyages en Europe et Outre Mer sont également prévus pour rencontrer les étudiants et stagiaires cherchant à venir aux Etats-Unis.

servant de la nourriture aux sans abris servant de la nourriture aux sans abris

Leaderdhom : « Parle nous de tes réalisations, de ces rencontres marquantes qui t’ont conforté à choisir de rester vivre en Californie… »