De la Martinique vers les States

41 ans - Marc Enette ( Brooklyn)

Fonction : Assistant Operations Manager à "Brooklyn Independent Television"

 

Leaderdhom : « Marc peux-tu nous parler de toi ? »

Mon parcours n’est pas des plus traditionnel, mon objectif depuis toujours était d'avoir un rôle créatif et technique dans la production multimédia. Et pour cela, j’ai commencé au Antilles en Electro mécanique, fait un stage a Paris en Maintenance Electronique. Après, Je suis revenu en Martinique en me lançant dans l'audio  en parfait autodidacte, en tant qu’ingénieur du son et Production Musicale. Je suis venu au states  pour me perfectionner dans le son chez « Institute of Audio Research a New York ».  J'ai fait un stage dans une boite de post - production et deux semaines après j’étais embauché. J'ai perfectionné mes acquis en audio (Sound design etc...) et développé de nouveaux savoirs en vidéo, réseaux, et Avid. J'ai fait un BA en Electronique Design & MultiMedia a City Collège.  En 2002 J'ai commencé à bosser en télévision comme assistant de production, 3 mois plus tard j'étais Assistant Ingénieur, puis Assistant Operations Manager.

Leaderdhom :  « Tu es diplômé d’une université américaine, le mode d’enseignement est -il si différent du notre? »

J'ai fait un BA en Electronic Design & Multimedia a City College. J'ai beaucoup galéré dans le système d'études Français...Je ne sais toujours pas si le problème venait des conseillers d'éducation aux Antilles ou si c'était un problème de plus grande envergure ... mais il me semblait qu'en dehors de certains secteurs liés  à des postes de fonctionnariat ou des études purement scientifique/littéraires le système français ne m'offrait pas grand-chose ! Les formations dans le son ou la video avaient des pré-requis totalement farfelus. Math sup pour être ingénieur du son en exemple, ou autre orientation encore plus poussé frôlant le ridicule. En Quelque part ,cela explique mon chemin un peu tordu pour arriver à mes fins...

Leaderdhom : « Tu es établi depuis de nombreuses années à Brooklyn, pourquoi ce lieu? »

J'aime Brooklyn, c'est le coin parfait entre la ville et la banlieue : un juste milieu entre la city et la campagne. Il y a de la verdure, mais aussi la plage (je ne m'y suis certes jamais baigné, mais j'y vais tout de même) et surtout une très grande communauté Caribéenne.  Je m'y sens aussi bien qu'aux Antilles,  on trouve de plus les produits locaux propres à la Caraïbe et tous les autres coins du globe. Pour moi c'est la ville cosmopolite par excellence.

 

 

Leaderdhom : « Le mot manager en France s’est énormément démocratisé au point que plus personne ne sait à quel poste on l’attribue réellement.  De ton expérience via les USA, cela signifie quoi d’être un manager de nos jours? »

Manager dans mon expérience ici c'est diriger et Controler  les ressources ou /et du personnel dans les différentes sections qui forment un entreprise. C'est aussi faire des comptes rendus, des recherches, avoir des responsabilités et aussi prendre des décisions.

 

Leaderdhom : « Dévoile nous tes concrétisations, decris nous  ces rencontres qui t’ont encouragé à choisir de rester vivre aux Etats Unis… »

Au début j'ai eu très vite la chance de bosser sur "PI" qui a été un grand succès ici, cela m'a ouvert les yeux sur un monde différent,  et m’a permis de sortir du train-train quotidien en  travaillant au coté de véritables professionnels.  Cela permet de dépasser ses limites et de toujours essayer d’atteindre la performance requise. Ce n'est pas tous les jours, qu'on a la chance de rencontrer et enregistrer pour des spots auprès d’acteurs et directeurs célèbres Hollywoodiens, des chanteurs, et des stars de la télé. Mais le plus important pour moi a été de constater l'ouverture d’esprit des gens, face aux nouvelles recrues. Le marché de la création est en évolution perpétuelle : résultats,  ceux qui sont bons perdurent mais il y a de la place pour du sang neuf...

Cela va des acteurs, ingénieurs du son, compositeurs cuistots, Voice over talent, et tout autre forme de créativité et talent artistique qui peut être exploité par monsieur tout le monde... Beaucoup de gens ont des boulots peu confortables voire pourris et bossent leur talent jusqu'au jour où l'on va peut-être les découvrir. Cela requiert une certaine source de leitmotive, si l’on croit en ses capacités. Je m'impose en général quelque soit mon poste de travail. J'ai toujours eu cette aptitude depuis ma petite enfance. Je me suis plus intéressé à mes résultats scolaires aux states qu'aux Antilles... Je pense que cela à avoir avec la motivation d'étudier pour un but précis et non pour quelque chose, dont-on a le sentiment que la personne qui fait son curriculum ne maitrise en aucun cas les secteurs d’activités qui sont inscrit sur celui-ci.

Leaderdhom : « Es-tu résidant permanent ou as tu obtenu la nationalité américaine ? »

 Je n'ai pas encore demandé la nationalité, je suis toujours résident légal ici...  Apres le 11 septembre 2001, les couts sont devenus exorbitant, et la procédure plus longue! Mon passeport Européen me permet de voyager, où, je le souhaite et  quand je veux aussi. Mais, je ferai très prochainement la démarche pour la nationalité Américaine, histoire de contribuer socialement aussi pour le pays où,  je vis depuis 15 ans.

 

Leaderdhom  : « Quel regard portes tu sur l’élection de Barack Obama ? »

L'élection du Président Obama a été un moment historique pour moi. Ma journée commença a 4h du matin, je tournais en reportage dans les bureaux de vote de Brooklyn.  Parler avec nos cousins Noirs Américains,  des plus âgés aux plus jeunes (5ans) et entendre leur détermination à faire de ce jour un tournant dans l'histoire, leur histoire et l'histoire de leur pays me fit réaliser que quelque part j'étais aussi dans l'histoire qui se déroulait devant mes yeux... Il était important pour moi de partager cet instant avec mon père au téléphone... C'était comme la combinaison de la Libération et L'élection de Mandela ensemble dans la même foulée... C'était plus qu’intense.

Beaucoup est attendu du Président Obama, je pense qu'il sera suffisamment fort pour ne pas tomber dans les combats politico politique : ces fameux combats qui ne font rien avancer...  J'ai confiance en lui et lui souhaite qu'il ait beaucoup plus de contacts constructifs avec l'extérieur, cela permettra d’améliorer beaucoup de chose dans le monde actuel.

 

Leaderdhom : « Est-ce difficile de garder sa culture antillaise face à une culture américaine qui est si différente et attrayante? »

 On peut garder et développer sa culture a condition de ne pas l'enfermer dans un moule hermétique a tout changement ou altérations. Ils l’ont compris ici. En exemple, si l’on demande a un Français c'est quoi la culture Américaine : la musique et les films seront cités en tête. Cette question quelque part est intemporelle avec la culture Américaine. Si ce concept ne tenait pas la route : Michael Jackson aurait juste été un autre chanteur de country music sur le Billboard...  Nous n'appliquons pas, ou, pas assez ces recettes quand il s'agit de notre patrimoine, notamment la musique.  Venant des Antilles je suis naturellement éclectique, mais j'écoute et constate qu'on est encore en train de produire de la mazouk et autres avec les mêmes sons qu'en temps longtemps, même en plus bon marché... Les changements sont aussi lent que le nouveau zouk et il sont difficile a implémenter aux Antilles et en France. C'est comme le Rock’n’roll en France, et le débit vocal dans le rap à part quelques uns qui ont compris qu'un style musical ne peut- être figer de la sorte dans le temps... Nous avons beaucoup de talents aux Antilles, il faut qu'on apprenne a produire des artistes sérieusement.

Leaderdhom : « Qu’envisages-tu dans le futur pour tes projets ? »

Je travaille sur un projet audio visuel d'envergure caribéenne, et  qui je l’espère verra le jour en 2010. Donc, beaucoup de travail en perspective ! Je me suis aussi remis a la production musicale 15 ans plus tard et je constate que je n’ai pas perdu la main.

 

 

Leaderdhom : « Si tu devais nous faire une visite guidée de Brooklyn,  on commencerait par où ? "

Découvrir Brooklyn par ou commencer? Commencer la journée avec un jogging sur le Brooklyn Bridge, aller prendre un bon Chocolat chaud avec croissants chez Jacques Torres  sous le pont a Dumbo. Apprécier les rues pavées... Faire des photos...Faire un peu de shopping sur Fulton Mall & Atlantic Center,, gouter au Cheese Cake de chez Juniors sur Flatbush,   visiter Fort Greene très artistique et accueillant comme quartier, aller prendre un café a Café Lafayette,  déguster  une grosse tranche de Red Velvet Cake de Cake Man Raven, faire le tour historique de Fort Greene, l'architecture des brownstones est assez particulière. Continuer sur Prospect Heights avec son musée, (Brooklyn Museum) et sa bibliothèque (Brooklyn Library), et son Arc de Grand Army Plaza (mini Arc de Triomphe)., Jardin Botanique... Ensuite faire un pique nique a Prospect Park, jeter un œil sur le cote luxurieux de Park Slope... Vous aller surement croiser une star musicale ou du ciné dans le coin! Faire un tour a Coney Island, Luna Park histoire de voir la mer sur le Board Walk, Le Seaquarium, et gouter aux Hot Dog originaux de chez Nathans continuer sur Sheepshead Bay, faire un tour en bateau si il fait beau...Retour sur Downtown Brooklyn en voiture en prenant le Belt Parkway ... Vue imprenable des dessous du Verrazono Narrows Bridge, une impressionnante et imposante construction, continuer sur la Brooklyn Promenade a Brooklyn Heights, profiter des restaurants, bars, et architectures, sur la dite promenade où  la nuit on  y bénéficie d'une magnifique vue de Manhattan....Si c'est un Samedi soir finir la soirée Gwada & Madinina Style avec mes potes de Caresse des Iles a Manhattan... (ouais bon faut traverser le pont Brooklyn) Vous ne serez pas dépaysés!

 

Leaderdhom : « Je te laisse le mot de la fin pour un conseil, une astuce ou anecdote…. »

 

Les Etats Unis ce n’est pas fait pour tout le monde ! On en tire énormément d’expérience, cela forme c'est vrai,  ca va vite, c'est excitant et  ceux qui sont tenaces auront  une plus grande chance de réussir la concrétisation de  leurs rêves face à ceux qui se décourageront à la première claque reçue. A certain moment, c'est comme effectué une acrobatie sans filet de sécurité, ca passe ou ca casse... C'est assez intéressant les contacts qu'on a avec les Français en vacances, ils critiquent beaucoup et la source de leur médisance nait souvent de ce besoin d'assistanat constant renforcé par les medias etc... Comme je leur dit souvent, C'est vrai qu'il faut une justice sociale équitable, je n'en disconviens pas... Mais quand dans un système social il est plus des fois avantageux d'être chômeur et de cumuler des aides, que de bosser un petit boulot et d'être subventionner, ca devient dangereux. Quand une petite entreprise, au lieu d'essayer de gagner plus pour s'étendre est forcée par des lois anti-business à réfléchir au coût du « bénéfice »  et se dit qu'elle serait mieux en faisant des demandes d'aides a l'état : ca pose problème... Dans l'absolu tout est relatif...

 

PS : Un jour a Prospect Park j'ai eu une conversation avec un Métropolitain... il me faisait remarquer les Français  a son avis étaient le seul peuple qu'il connaisse ne vivant pas en communauté a l'étranger... On se voit... on boit... on blague...on bouffe..mais on N'habite pas le même coin et on ne se regroupe pas comme les autres... Il y a un bien French Restaurant Row a Manhattan, tout comme, un Indien, Coréen, Chinois mais il n'y a aucun quartier Français!

 

Propos receuillis par leaderdhom _ le 12/08/09

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