De la Réunion vers l'Australie
28 ans - Steeve Body (Sidney)

Fonction : Co-directeur de Limestone studios, Producteur / Compositeur / ingénieur du Son
Leaderdhom : « Steeve parle nous de toi…»
Je suis originaire de Nantes, mais mes parents ont déménagé a la Ravine des Cabris sur l’île de la Réunion quand j’avais 5 ans. Je suis passionné de musique depuis tout petit ce qui m’a poussé à
faire des études dans le milieu du son. J’ai commencé par jouer du piano a l’âge de 6 ans et plus tard vers 13 ans, je me suis mis a jouer de la guitare et j’ai monté un groupe de Rock avec mes amis
de collège. Mon rêve était de vivre de la musique, donc j’ai commencé a faire des recherches de carrière possible dans ce milieu. C’est ainsi que je me suis décidé a me lancer dans le monde de la
Production Musicale.
Leaderdhom : « Pourquoi avoir choisi de t’installer en Australie pour poursuivre tes études dans l’ingénierie du son ? »
Plusieurs facteurs m’ont poussé vers l’Australie. Dans le monde de la musique, je savais que si je voulais aller au bout de mon rêve, il me fallait être bilingue. Un Anglais parfait était
indispensable pour pouvoir travailler avec des artistes en dehors du monde francophone. La deuxième raison, venant de la Réunion je suis très attaché au Soleil ! Londres me semblait un peu gris pour
un départ… Donc Sydney était le compromis parfait entre Soleil et opportunité.
Leaderdhom : « Le mode d’enseignement à Sydney diffère t-il beaucoup de ce que tu avais connu avant ? »
La SAE (School of Audio Engineering) de Sydney est assez différente des études que j’ai pu faire au auparavant mais je ne pense pas que cela soit dû a une différence du système éducatif australien.
La SAE est une école technique et très spécialisée, donc il y a une grosse partie de mes études qui s’est faite dans un studio d’enregistrement, même si il y avait aussi une partie écrite assez
importante, il y avait un aspect très pratique, qui m’a beaucoup plu.
Steeve Body, Louis Schoorl, David and Pos from De La Soul
Leaderdhom : « Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées en immigrant
sur un continent qui est totalement opposé à ton île de la réunion ? »
La transition a été assez facile, même si au départ il a fallu s’adapter a la langue, je suis tombé avec très bon groupe de personne qui sont tous devenus de très bon amis. Il y a beaucoup
d’immigrants du monde entier en Australie donc je ne me suis jamais senti isolé.
Leaderdhom : « Tu as crée en partenariat avec Louis Schoorl, un studio d’enregistrement. Dans quelles circonstances est né un tel projet ? N’est-ce pas délicat d’entrer
dans un tel univers lorsqu’on est loin de chez soi ? »
Louis et moi nous nous sommes rencontrés a la SAE. Il a fait la première année de ses études à Amsterdam et a émigré vers l’Australie pour la deuxième année. On était dans la même classe. On est
devenus très bons amis et on a commencé a jouer de la musique ensemble. On est devenus colocataires, dans un appartement qui est très vite devenu un studio de production. Donc nous avions besoin de
trouver un espace dans lequel nous pouvions faire du bruit sans rendre nos voisins fous. Au départ nous devions déménager notre studio dans le garage d’un ami que nous voulions transformer en studio.
Le jour ou on a déménagé tout notre équipement dans ce garage, Louis a reçu un coup de téléphone lui annonçant le décès de son père et il a dû retourner immédiatement en Hollande pendant 2 mois
environs… De retour en Australie, Louis et moi n’avions plus accès a ce “garage” et nous recommençâmes alors a chercher un endroit que nous pouvions traiter acoustiquement. Le père d’une amie a nous,
Michael Browning, ancien manager du groupe ACDC, nous a contacté en nous disant qu'’il avait trouvé l’endroit parfait pour un studio d’enregistrement, en plein milieu de Sydney avec un loyer très
convenable. On a été y jeter un coup d’oeil et en effet, c’était parfait! Il y avait même une agence de management d’artistes juste a coté! Ensuite on a commencé a rechercher un acousticien capable
de transformer cet espace en Studio. A cette époque, je venais juste de devenir résident permanent Australien, donc mon futur en Australie était sécurisé, mais pour Louis la situation était
différente, car pour devenir résident australien avec nos études, il fallait avoir étudié en Australie pendant au moins 2 ans… et Louis n’avait fait qu’une année… Donc il fallait que le business que
l’on était en train de créer sponsorise Louis pour devenir résident… ce qui est un processus d’immigration beaucoup plus compliqué et extrêmement réglementé, suivi par le gouvernement pendant des
années. Donc on a dû construire le studio, financé en majorité par l’héritage de Louis, sans n’avoir aucune garantie qu’il puisse rester… C’était assez stressant!

Leaderdhom : « Existe t-il des aides financières mises en place par le gouvernement australien pour les entrepreneurs, en tant qu'’expatrié y as-tu eu recours ? »
C’est plutôt le contraire… Si vous êtes entrepreneur étranger et que vous voulez vous installer en Australie, c’est vous qui faites l’investissement… Le gouvernement australien a un système d’aide
mis en place pour les Australiens et résidants australiens, mais cela se traduit plus par des réductions de taxes que par un apport financier. Il y a beaucoup d’aides financières consacrées au
développent artistique, beaucoup de films indépendants sont financés par le gouvernement australien par exemple. En temps que qu’expatrié, il y a des groupes de soutien mis en place pour la
socialisation. Nous, nous n’avons pas eu recours aux aides financières.
Leaderdhom : « Tu côtoies fréquemment des artistes de renommée mondiale, avais tu imaginé étant petit que ta vie prendrait un tel tournant ?
»
J’avais le rêve que cela pourrait arriver! Mais quand cela se concrétise, et que le rêve devient réalité c’est vraiment excitant!.. le rêve ne devient que plus fou.
Leaderdhom : « A travers tes différents projets arrives tu à promouvoir la Réunion ? »
Je fait découvrir l’existence de la Réunion a la plupart de mes clients. Très peu de personnes en dehors du monde francophone connaissent l’île. Je leur fais aussi découvrir la musique réunionnaise a
travers le maloya, rythme très particulier a la Réunion. Je m’inspire de certains aspect de la musique réunionnaise dans mon travail et je mixe les rythmes réunionnais avec d’autres genres de
musique.

Leaderdhom : « Comment décrirais tu le monde du business en Australie ?
»
En Australie, si on a les compétences, la motivation et un esprit entrepreneur, on vous donne la chance de créer votre propre affaire sans vous mettre trop de battons dans les roues. En revanche
l’Australie étant un petit pays (20 millions d’habitants) il y a certaine limitations… Dans le business de la musique par exemple, on a très vite fait le tour… ce qui veut dire que le nombre
d’opportunités est limité et qu’une fois on est entré dans le business on n’a pas vraiment le droit a l’erreur.
Leaderdhom : « Tu viens de te marier avec une australienne, qu’envisages tu pour ton plan de carrière dans les 5 ans à venir ? »
Continuer a développer Limestone Studios ici en Australie, écrire et produire le plus de musique possible avec des artistes variés et intéressants. Essayer de stimuler les relations entre le monde
musical de la Réunion et l’Australie et peut être produire quelques artistes réunionnais en Australie. Ma femme est aussi citoyenne américaine, on a énormément de contacts la bas, donc peut être
irons-nous nous installer aux USA dans les 5 prochaines années.
Leaderdhom : « Qu’est ce qui manque à la Réunion qui aurait fait que ta progression fulgurante dans le monde musical n’aurait pu se
faire comme ici ? »
En temps actuel, La réunion c’est peut être trop spécifique et isolé pour avoir une industrie musicale de renommée internationale. Londres, New York, Nashville, Los Angeles, Berlin, sont les pôles
principaux dans le monde de la musique avec des centaines de studios, des millions d’habitants, plus d’opportunités de festivals et de concerts etc.… c’est difficile de comparer ca a la réunion, pour
moi, la Réunion c’est plus un endroit qui inspire, un endroit a faire découvrir, un endroit qui, avec du temps, pourrait faire valoir son savoir faire musical sur la scène internationale au même
titre que la Jamaïque ou le Sénégal par exemple.
Leaderdhom : « Un conseil pour un leaderdhom en devenir ? »
Avoir un rêve et une passion c’est le plus important pour commencer. Se donner la chance de faire des erreurs et comprendre que l’on a jamais fini d’apprendre. Ne jamais penser que ce rêve est
impossible, mais comprendre qu'’il ne suffit pas de rêver pour que cela devienne réalité. Être prêt a tout y mettre pendant des années sans se plaindre et être patient.
Propos recueillis par leaderdhom _ le 26/10/09
Tous droits réservés à Leaderdhom
0 Commentaires
- Aucune entrée disponible
-
#1
LD vous conseille
Articles Liés
Marc Enette ' de la Martinique vers les States'
Olivier Lise ' de la Guadeloupe vers la Belgique'
Jean-Félix Laplume ' de la Martinique vers la frontière Suisse-Allemande'
Jean-Marc Dedeyne ' de la Martinique vers les USA'
Pierre Huberson 'de la Guadeloupe vers les USA'
Charles-Edmond Gamess ' de la Martinique vers le Royaume-Uni'
LEADERDHOM®
Le gouvernement a
décidé d'augmenter le prix des cigarettes de 6% à partir du mois de novembre, écrit jeudi Le Figaro.


