LD part à la découverte d'un métier

Chaque mois, nous vous ferons découvrir les coulisses d’un métier à travers le parcours d’un leaderdhom…

38 ans - Hervé Recoupe : Enquêteur en nouvelle technologies

Leaderdhom: « Hervé peux-tu te présenter à nos lecteurs? »

 

Je suis originaire de la région PICARDIE, après avoir fait des études générales, je me suis engagé très jeune en gendarmerie. Je suis passé par plusieurs brigades en périphérie de PARIS puis j'ai eu la chance d'être intégré dans une section de recherches ou ma tâche était de créer un groupe NTEH qui n'existait pas alors. D'autres camarades ont joint le groupe que j'ai alors formé pour qu'ils puissent accomplir leur tâche. J'aime partager les connaissances que je peux acquérir dans différents domaines, car je pense que le partage d'information est la clé maitresse d'une bonne collaboration dans un groupe. Et je dirai que plus on apprend, plus on se rend compte qu'on est ignorant, ce qui motive encore plus à former les autres, ce que j'ai pu faire de temps en temps en formant des futurs NTECH au Centre National de la Police Judiciaire à Fontainebleau.

 

Leaderdhom : « Est-ce faire partie d’un corps d’élite, lorsque l’on accède au NTECH et quels en sont les critères de sélection ? »

 

Parler de corps d'élite est à mon sens, un peu trop fort, disons qu'il s'agit avant tout d'individus passionnés par deux choses, la police judiciaire et l'informatique. La possibilité d'exercer la fonction de NTECH (enquêteur en nouvelles technologies) permet de concilier ces deux passions. Il faut être ensuite très curieux et être ouvert à toutes les technologies existantes. Je pense qu'on peut comparer un NTECH à un médecin généraliste avec quelques domaines de prédilection. Pour prétendre faire le stage NTECH, il y a toute une batterie de tests éliminatoires dans tous les domaines de l'informatique, mais il faut également être Officier de Police Judiciaire (OPJ) et normalement exercer dans une unité de recherches. Mais il y a parfois des exceptions pour des personnels particulièrement compétents provenant d'une unité comme une brigade et qui sont ensuite mutés dans une unité recherches.

Leaderdhom : « Pourquoi avoir choisi de te spécialiser dans cette section de recherche, y a-t-il eu un élément déclencheur dans ta vie professionnelle?»


Oui, dans les dernières années 90, je me suis aperçu que le réseau internet pouvait être détourné pour des fins criminelles, notamment pour du contenu pédo-pornographique. J'ai commencé avec quelques amis à analyser la façon de pouvoir repérer ce genre de comportement et dénoncer ensuite les faits. J'étais alors en brigade territoriale et mis à part une enquête sur des escroqueries à la carte prépayée, je n'avais aucun dossier lié aux nouvelles technologies. Mon vœu était donc de rejoindre une unité où je pourrais concilier informatique et police judiciaire, ce que j'ai pu faire en section de recherches.


Leaderdhom : « Cette cellule d’enquête, est-elle strictement réservé aux gendarmes ? Une personne ne faisant pas partie du corps militaire, mais ayant une formation liée au NTIC peut-elle intégrer l’une de vos équipes en tant que consultant extérieur, ou, faut-il obligatoirement passer par le centre national de formation de police judiciaire ? »


Oui ce type de cellule est réservé aux gendarmes. Il existe des cellules mixtes regroupement policiers et gendarmes, notamment dans les services centraux sur Paris. Il arrive cependant que des personnes extérieures à l'armée puissent effectuer des stages dans certains départements, il peut également s'agir de réservistes. Il s'agit surtout de personnes ayant de bonnes connaissances en informatique. Mon ami et collègue Vincent Lemoine qui dirige la cellule cybercriminalité des Hauts de Seine travaille régulièrement avec des réservistes.

Leaderdhom : « Ta carrière a été marquée par deux grandes étapes. Tu as été, avec d’autres de tes collègues, à  l’origine d’une des plus importantes opérations menées sur les réseaux IRC en mai 2009 ayant mis en cause une centaine de personnes. Mais aussi, vous avez mis à jour une vaste opération de lutte contre la contrefaçon sur l'ensemble du territoire en 2002. En tant qu’enquêteur, quel rôle as-tu joué lors de ces deux coups de filet? »


La phase interpellation de NEMESIS a été effectuée sans moi, étant déjà en indisponibilité et pour ce qui concerne le dossier de contrefaçon cité, un officier se chargeait de la direction d'enquête, je me suis chargé de la procédure, de la gestion des données et de la phase interpellation. Sinon chaque enquête est différente. Nous sommes constamment confrontés à de nouveaux paramètres qu'il faut prendre en compte pour faire avancer l'enquête. En général, certaines phases sont communes à ce type d'enquêtes. Il s'agit de la collecte des données, l'analyse de ces dernières et l'imputation des faits aux différents mis en cause. Il faut donc innover sans cesse en créant au besoin ses propres outils. Il faut également trouver la meilleure façon de gérer l'ensemble des données, en permettant par exemple à un magistrat d'accéder simplement aux documents dont il a besoin sans qu'il ait besoin de se soucier de la complexité du traitement en arrière plan. Par exemple pour NEMESIS, nous avions mis en place un système reposant sur trois niveaux, le premier niveau concernait une synthèse des agissements d'un individu, le second concernait l'ensemble des pièces rédigées pour cet individu et le troisième comprenait simplement les données brutes telles que nous les avions collectées. Avec ce système, il était parfaitement possible pour quelqu'un étranger à l'enquête de refaire les mêmes recherches que nous pour confirmer ou infirmer nos résultats.


Leaderdhom : «Dans les départements d’Outre Mer, les services de la Gendarmerie sont beaucoup plus présents que ceux de la police, par rapport à notre situation géographique particulière. Ce qui est tout a fait le contraire en France métropolitaine, où là, la Police nationale a un champ d’action en force  plus vaste. Lorsque tu menais une enquête t’est-il arrivé, de te voir retirer une affaire au profit de la police judiciaire? »


En fait la personne qui décide de confier telle ou telle affaire à un service de police ou de gendarmerie est le procureur de la République. C'est ce dernier qui actionne l'action publique, il peut donc choisir le service qu'il estime le plus compétent pour mener l'enquête. Il est bien sur arrivé que des enquêtes soient confiées à la police après un démarrage chez nous. Il s'agissait souvent de dossier criminel. Le contraire arrive également. Pour ce qui est des nouvelles technologies, aucune affaire ne nous a été retirée.

Leaderdhom : « Est-ce que le champ d’une enquête au NTECH, peut être limité par le simple fait que cette même enquête toucherait des personnes influentes (politique, socioprofessionnel,…)?

 

Personnellement je n'ai jamais eu ce genre de cas. Plusieurs affaires liées aux nouvelles technologies ont concerné des personnes « influentes » et ces enquêtes ont suivi leurs cours. Après, savoir si l'enquête est suivie, cela me dépasse....

 

Leaderdhom : «Tu es actuellement en pleine phrase de reconversion professionnelle, pourrais tu nous en dire un peu plus ?»

Alors j'ai plusieurs projets dans les nouvelles technologies bien sur dont certains sont fortement liés aux tourismes. Je suis en plein phase d'étude de faisabilité.


Leaderdhom : «Tu as le souhait de t’implanter aux Antilles-Guyanes, pour ton futur projet professionnel. Est-ce un choix de vie, ou tout simplement un ciblage de marché adapté à ta future activité? »

 

Les deux, un choix de vie parce que les Antilles nous plaisent énormément à ma famille et à moi même. Mais également un choix stratégique car soit la technicité que je veux développer n'existe pas encore, soit le projet est fortement lié au tourisme qui s'y développe.

 

Leaderdhom : «Vu ton expérience, penses-tu que l’on puisse à nouveau faire appel à toi sur d’autres recherches cybercriminelles? »

 

Je l'espère car il s'agit avant tout d'un acte désintéressé et passionné. En ce moment même, avec des amis, je suis en train de réunir des éléments concernant un dossier lié à la pédo-pornographie. Le but est encore une fois de mettre à la disposition de la justice, d'une façon très simple, les éléments permettant d'incriminer les différents intervenants dans ce dossier. De plus une enquête de police judiciaire peut facilement être transposée dans d'autres domaines comme les fraudes aux assurances, les fraudes bancaires, les contrefaçons ou escroqueries-détournement dans les sociétés internet ou de téléphonie. Donc pourquoi ne pas intervenir en tant que consultant externe ?

 

Leaderdhom: « Quel conseil délivrerais-tu à un futur leaderdhom ? »

Je pense que pour s'épanouir complètement, il faut arriver à mêler la passion à son métier et ne surtout pas hésiter à se remettre en question de temps en temps. Echanger avec d'autres personnes est également un point clé pour l'épanouissement personnel.

 

 

Propos receuillis par Leaderdhom _ le 28/01/2010

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