Chômeur = Looser ? Et si vous aviez tout faux…

 

 

2009, année de crise. Début d’année 2010 : petit frémissement en hausse, des chiffres de reprises d’activités. D’énormes chantiers seront à prévoir au sein de l’emploi, alors que certains secteurs profitent pour embaucher, d’autres doivent se séparer d’un grand nombre de salariés qui viendront s’ajouter à la longue liste interminable des 1 millions de chômeurs qui arriveront cette année en fin de droits. Vous êtes-vous déjà posés, ne serait ce qu’une fois, les questions : « Et si c’était moi ? Et si cela devait m’arriver, que ferais-je ? Que deviendrais-je ? ». Non ! Parce qu’il est plus qu’évident, qu’en ayant une stature de leader, d’entrepreneur, de cadre dirigeant (…), l'on adopte trop fréquemment et à tort la casquette de l’intouchable. De « mais qu’est-ce que tu crois, impossible que cela puisse se produire »… mais l’erreur est bien là, de croire qu’il ne peut y avoir qu’une seule catégorie d’actifs qui puisse être sur un siège éjectable. LD est certes un projet associatif qui se veut de mettre à l’honneur la réussite d’hommes, mais aussi une association qui prône les vérités, celles que l'on retrouve très fréquemment au cœur des réalités de l'entreprise. Donc, pour une fois, LD a décidé d’inverser la tendance et de briser un tabou en publiant le témoignage d’un réunionnais  Georges.P,  un ancien cadre dirigeant émérite qui a vu soudainement sa vie basculée en un véritable cauchemar. [En  héritant « du fameux kit de survie Assedic »,  l'on m'a clairement fait comprendre que je devais troquer mon savoir faire de plusieurs années contre des prétentions juste alimentaires. En clair, j'ai du accepté la mise au placard de mes compétences et de mes expériences si souvent saluées par le passé…].

 

37 ans - Georges.P (Réunion) – chômeur, ex Cadre Financier

J’ai perdu la notion du temps, je ne sais plus depuis combien de temps je marche seul dans ce qu’il me semble être un tunnel noir. Un jour ? Dix heures ? Trois heures ? Je suis incapable de déterminer correctement la durée, seul mon état d’épuisement me rappelle que je marche depuis longtemps, depuis trop longtemps peut-être. Je me souviens m’être arrêté pour m’allonger à même le sol, et d’avoir eu l’illusion d’oublier ce noir total en abaissant mes paupières. J’ai l’impression d’être suivi, mais ce n’est qu’une impression, c’est peut-être dans mon imaginaire la meilleure façon de me sentir moins seul. Le vent glacial que je reçois en plein visage me confirme pourtant que je vais dans la bonne direction, mais quelle direction ? Je ne sais plus ! Bien que la température ambiante soit basse, tout mon corps dégouline de sueur et je m’arrête essoufflé. Je ressens ce sentiment d’angoisse qui veut prendre possession de moi mais je le refuse totalement. Toute cette humidité qui m’oppresse me dérange, il faut que je me sorte de là. Brusquement, je me réveille… Je ne compte plus le nombre de fois, où, je me suis farcis ce rêve débile. De la main droite, je saisis ma montre posée sur le chevet près du lit. 23h30. D’un seul trait, avec ma main gauche j’arrache tous les draps de mon lit qui ne sont plus que des torchons mouillés. Je reste assis sur le bord du lit, me demandant quel message ce énième cauchemar voulait bien me délivrer. Etait-ce encore mon ange gardien? Celui-là même, qui m’a lâchement abandonné depuis deux ans que je galère comme un miséreux...qui tente certainement de se rattraper en m’envoyant des signaux protecteurs imperceptibles par ma foi défaillante? Ou, était-ce simplement, encore, une manifestation de mes troubles psychologiques? Séquelles de mon refus forcé de suivre une thérapie pour guérir de ce que le psy que je n’ai jamais pu consulter aurait qualifié de syndrome des « 3 D » : Dépôt de bilan, Divorce, Dépression !!! J’ai tout perdu, le chômage m’a tout pris même ce que je n’avais pas ! On dit qu’il faut croire en ses rêves pour un jour les voir se réaliser, pourtant si je n’ai jamais cru en mes cauchemars, c’est bien ce qu’est devenu ma vie, un terrible cauchemar sans fin [...]. Mon histoire est d’une banalité désarmante, tant de nos jours, elle pourrait toucher n’importe lequel d’entre nous. Vous perdez votre boulot du jour au lendemain, et votre couple fragile n’y résiste pas, et la spirale ne s’arrête pas là car vous y perdez aussi vos enfants...

Du côté de la génitrice, vous devenez un « sous-père » parce que le montant de vos allocations chômage équivaut à peine à la traite mensuelle du crédit de sa voiture. Vous n’obtenez pas la garde de vos enfants, et vos cycles de droits de visite fluctuent tout simplement au bon vouloir de Madame et de votre budget au niveau zéro pour absorber des frais d’avocats. (...) Cette angoisse qui ne me quitte plus et qui me poursuit chaque jour. Comment ferai-je pour m’acquitter de ma pension alimentaire quand je serai en fin de droits ? A l’horizon, c’est toujours le black-out! Les portes du monde du travail ne semblent pas décider à se ré ouvrir pour moi. Pour vos enfants, à leurs yeux, vous restez leur père. Du moins pour les miens, heureusement, je suis encore leur père... ils sont devenus mon générateur pour mener bataille face à ces épreuves de la vie [...]

 

[…]Six mois plus tard.

 

La galère continue, aucune bonne nouvelle ne se décide à venir éclaircir mon quotidien. Pas de nouvelles de mes dernières candidatures, pas non plus de mes entretiens récents, et encore moins de nouvelles du peu d’amis qu’il semblait me rester. Si je suivais la logique chronologique de l’horloge qui régit notre espace temps j’aurais déjà du sombrer dans une dépression irréversible, celle du type qui vous conduit direct à un relooking extrême passant par un régime d’injections quotidiennes de traitements chimiques, et le port de l’habit de la fashion victime de l’aliénation: « la camisole ». Mais le sort en a décider autrement (Le sort ? Le tout-puissant ?), je semble être un super-héros, non pas de ceux qui explosent leurs testostérones sur les écrans des salles obscures grâce aux studios Marvel, mais de ceux qui sont doués d’une extraordinaire capacité de résistance aux malheurs qui s’abattent sur eux. Ceux qui en prennent dix, vingt, trente dans la tronche, et continuent de résister, de combattre, de survivre, alors là même qu’une seule de ces épreuves si douloureuses conduirait n’importe lequel de nos concitoyens soit vers un asile de fous ou soit vers un aller simple pour leur dernière demeure.

 

 

 

Propos recueillis par Leaderdhom le 21/02/2010

Tous droits réservés à l'association Leaderdhom

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1 Commentaire

  • #1

    Karine(mercredi, 24 février 2010 17:29)

    Quand on vit cela, c’est vrai, tous les jours on se demande si on fait un mauvais rêve, tous les jours on se questionne, et on se demande si on a encore sa place dans cette société qui nous jette son indifférence en plein visage. Continuez à être courageux car le moteur de votre vie vous l’avez dit, ce sont vos enfants, j’espère que vous finirez par voir le bout du tunnel.

  • #2
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Pas de pitié pour les gueux

Laurent Cordonnier

 

Le mal du siècle économique, c'est le chômage. Voilà une opinion partagée par le plus grand nombre. D'une certaine façon, des générations d'économistes nous ont appris à penser comme ça. Mais, sous les cieux propices de l'embellie économique des pays industriels, l'équation s'inverse. On voudrait nous faire croire que "le chômage est le produit de la paresse des travailleurs". Allons même plus loin, qu'"il existe des chômeurs par choix rationnel". Dans Pas de pitié pour les gueux, Laurent Cordonnier montre les crocs et gronde. Contre l'idée reçue que l'existence du chômage serait la faute des salariés. Très sceptique sur le prétendu équilibre rationnel de la loi du marché, l'auteur cherche à savoir à qui profite ce que l'on est forcé d'appeler "le crime du chômage". Dans son essai économique très contestataire sur les mécanismes complexes du chômage, Laurent Cordonnier remarque que le stock des chômeurs est, comme par hasard, juste suffisant pour protéger les intérêts capitalistes... On en revient à la question première : à qui profite le crime ? Peut-on sérieusement soupçonner les chômeurs de tirer avantageusement parti des imperfections du marché du travail et leur faire porter si facilement le chapeau du chômage ?

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